Colonisation : les excuses et accords jugés insuffisants

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Le roi Philippe de Belgique se rend pour la première fois en République démocratique du Congo (un pays exploité par ses ancêtres), dans le but de resserrer les liens avec cette nation, plus de 60 ans après son indépendance.

Le roi sera accompagné de son épouse, la reine Mathilde, et de membres du gouvernement belge, dont le Premier ministre Alexander De Croo, pour un voyage de six jours à l’invitation du président de la RDC, Felix Tshisekedi.

Il s’agit d’une visite historique en République démocratique du Congo, puisque c’est la première d’un couple royal belge depuis 12 ans.

Ce voyage intervient également deux ans après que le roi a exprimé ses « profonds regrets » pour les « blessures » causées par le régime colonial de son pays.

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Le roi Philippe est un descendant du roi Léopold II, souverain du 19e siècle, dont le règne a vu 10 millions d’Africains tués dans certaines des pires atrocités de l’ère coloniale.

Dans une lettre adressée au président Tshisekedi, à l’occasion du 60e anniversaire de l’indépendance du Congo, le roi Philippe a exprimé pour la première fois des regrets, sans toutefois présenter d’excuses.

Cette visite a été présentée comme l’occasion de présenter des excuses officielles au peuple congolais.

Mais ce n’est pas la première fois qu’un dirigeant occidental est confronté aux abus commis pendant la période coloniale.

Certains pays ont présenté des excuses officielles, tandis que d’autres n’ont reconnu que récemment que certains événements avaient eu lieu.

Les critiques disent que les excuses ne vont pas assez loin pour aborder les brutalités du passé et l’héritage durable du colonialisme.

Ces dernières années, des pays comme le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France ont été sous le feu des projecteurs pour les actions de leurs anciens dirigeants.

Nous examinons ici les réactions à certains exemples de cas où l’Occident s’est excusé et a conclu des accords sur son passé colonial.

Quelle est l’histoire ?

Les fonctionnaires coloniaux ont amputé et mutilé des Congolais, y compris des enfants, en guise de punition
Légende image,Les fonctionnaires coloniaux ont amputé et mutilé des Congolais à titre de punition, y compris des enfants.

Le roi Léopold II de Belgique s’est vu attribuer d’immenses territoires autour du bassin du fleuve Congo par les dirigeants européens lors de la conférence de Berlin en 1885, lorsqu’ils se sont partagé les territoires du continent dans le cadre de ce que l’on a appelé la ruée vers l’Afrique.

Le roi a appelé son territoire l’État libre du Congo – une colonie personnelle où il avait la liberté de faire ce qu’il voulait.

Il est rapidement devenu un régime brutal basé sur le travail forcé pour cultiver et commercialiser des matériaux comme le caoutchouc, l’ivoire et les minéraux.

Les autorités coupaient les membres des personnes qui n’atteignaient pas les quotas fixés par décret royal.

Au plus fort des manifestations mondiales de Black Lives Matter, des milliers de Belges sont descendus dans la rue pour demander au pays de s’intéresser de plus près à sa propre histoire.

Les statues du roi Léopold II dans les villes du pays ont été vandalisées, les autorités l’ayant ensuite retiré des espaces publics.

« Un profond chagrin » à propos de l’esclavage en Jamaïque

Le duc de Cambridge prononce un discours lors d'un dîner offert par le gouverneur général de la Jamaïque
Légende image,Le prince William a fait part de sa « profonde tristesse » au sujet de l’esclavage lors de sa visite en Jamaïque dans le cadre d’une tournée royale en mars.

Lors d’une tournée royale britannique dans les Caraïbes en mars, le prince William a fait part de son « profond chagrin » concernant l’esclavage lors d’un discours prononcé à l’occasion d’un dîner en Jamaïque.

Le duc a déclaré que l’esclavage était odieux, qu’il « n’aurait jamais dû avoir lieu » et qu’il « entache à jamais notre histoire ».

Mais les critiques disent qu’exprimer de la « tristesse » et reconnaître les événements historiques ne va pas assez loin.

La visite royale a été accueillie par des manifestations appelant la monarchie à payer des réparations pour la traite des esclaves et la Jamaïque à destituer la reine de son titre de chef d’État.

L’Allemagne reconnaît officiellement le génocide de la Namibie de l’ère coloniale

Rébellion Ovaherero, captifs enchaînés vus dans une image d'archive de 1904-5
Légende image,Les personnes capturées après la rébellion des Ovaherero ont été soit tuées, soit soumises à un traitement brutal.

En 2021, l’Allemagne a officiellement reconnu le meurtre de dizaines de milliers de personnes en Namibie comme un génocide.

On estime que 60 000 Ovaherero, soit plus de 80% de la population totale de l’ethnie dans la région, et 10 000 Nama, soit 50% de sa population, ont été tués par les colonisateurs allemands entre 1904 et 1908.

Leurs terres et leur bétail ont également été confisqués pour les punir d’avoir pris part à un soulèvement.

L’Allemagne s’est engagée à faire un « geste pour reconnaître les immenses souffrances infligées ».

Mais elle n’a pas parlé de réparations, l’accord étant plutôt une promesse d’aide au développement d’une valeur de plus de 1,1 milliard d’euros (1,3 milliard de dollars).

L’argent devrait être versé sur une période de 30 ans aux descendants des Ovaherero et des Nama.

Mais les descendants des communautés concernées, dont Uahimisa Kaapei, ne sont pas satisfaits de l’accord.

« C’était la blague du siècle », dit-il.

« Nous voulons qu’ils [le gouvernement allemand] viennent présenter des excuses. L’argent sert juste à dire ce qu’ils ont fait de mal à notre égard. »

Manifestations contre la France en Afrique

Une manifestation contre la France à Bamako, au Mali - 22 septembre 2020
Légende image,Plusieurs manifestations contre la France ont eu lieu dans son ancienne colonie du Mali.

Près de la moitié des pays d’Afrique ont été à un moment donné sous la domination française.

Six décennies après l’indépendance de la plupart d’entre eux, les générations actuelles en ressentent encore les effets.

Cette année, l’Algérie a célébré les 60 ans de son indépendance vis-à-vis de la France, après une guerre de huit ans et la fin de plus d’un siècle de colonisation en 1962.

La France, comme d’autres anciennes puissances coloniales, a résisté à la reconnaissance de certains aspects de l’histoire coloniale.

En janvier 2021, le bureau du président Emmanuel Macron a déclaré que la France n’émettrait « ni repentance ni excuses » pour les exactions commises en Algérie pendant ses 132 ans de règne.

Mais effectuer des « actes symboliques » visant à promouvoir la réconciliation.

Mais plus d’un an plus tard, le Sénat français a formulé des excuses aux soldats algériens, appelés harkis, qui ont combattu au nom de la France pendant la guerre d’indépendance algérienne, ouvrant la voie à des réparations.

Remerciements, réconciliation et réparations

Le roi Philippe de Belgique et son épouse la reine Mathilde
Légende image,Le roi Philippe et la reine Mathilde effectuent une visite historique en République démocratique du Congo, la première d’un couple royal belge depuis 12 ans

Le président français Macron avait auparavant demandé le « pardon » et promis une législation sur les réparations ainsi qu’un monument.

Lors d’un discours à Paris en septembre 2021, Macron a été chahuté par une partie du public.

Bien que certains aient salué ses excuses.

« Il semble que pour la première fois, une ferme volonté de vérité guide notre actuel président », déclarait alors l’ancien harki Serge Carel.

« Merci de votre attention, vive la République, vive la France ».

Depuis des décennies, divers groupes et d’anciennes colonies réclament plus que des excuses mais plutôt des réparations.

Si les déclarations de regret et les excuses deviennent progressivement plus courantes, le paiement de réparations ou toute forme de compensation monétaire sont encore rares.

Le Burundi et la République démocratique du Congo ont demandé environ 43 milliards de dollars à la Belgique et à l’Allemagne respectivement.

De nombreux Congolais ont de faibles attentes à l’approche de la visite royale, comme Junior Bombi, vendeur sur un marché de la capitale Kinshasa.

« À mon avis, cette visite ne mènera à rien, car inviter [le roi des Belges] au Congo – pour venir et faire quoi ? Ils nous ont laissés isolés, abandonnés, ils ont pillé toutes nos richesses, et aujourd’hui, vous invitez à nouveau ce roi belge ? »

D’autres espèrent que les premières étapes de la réconciliation – la reconnaissance et la commémoration de ceux qui ont été tués pendant la période coloniale – seront franchies.

« S’il y a une chose très importante que nous attendons, c’est que [le roi Philippe] ramène les restes de Patrice Emery Lumumba comme promis. C’est notre attente, notre véritable attente », déclare le professeur d’histoire Antoine Roger Lokongo.

Lumumba a été le premier Premier ministre du pays et a conduit le Congo à l’indépendance de la Belgique en juin 1960. Il a été emprisonné et assassiné moins d’un an plus tard.

Un policier belge a admis avoir dissous le corps de Lumumba dans de l’acide et brûlé le reste, mais a déclaré avoir conservé une dent.

La Belgique a reconnu sa responsabilité dans cet assassinat, dans lequel la CIA est largement soupçonnée d’avoir joué un rôle.

Le retour de la seule dépouille de Lumumba avait été retardé en raison de la pandémie de coronavirus. Mais une cérémonie de remise symbolique de la dent devrait avoir lieu dans le courant du mois à Bruxelles.

Au cours de cette visite, le roi devrait remettre le premier des plus de 80 000 objets pillés pendant la période coloniale et prononcer un discours sur la manière dont la Belgique et la République démocratique du Congo peuvent entamer une nouvelle relation et « dépasser un passé douloureux ».

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